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Les sourates médinoises

En 622, le Prophète fuit les persécutions et émigre à Médine. Contrairement aux préjugés et à la version des islamistes, Mohammed n’a pas de projet d’« état musulman » à cette époque. Bien au contraire, il convoque les habitants de Médine – les tribus juives et les tribus arabes non musulmanes – et leur propose un pacte, appelé la Constitution de Médine, qui reprend les principes édictés par les versets cités ci-dessus et met les habitants sur un pied d’égalité sans religion prédominante. En la signant, les habitants s’engagent les uns envers les autres à se respecter et à défendre Médine des invasions étrangères. Ce n’est que dans un deuxième temps, après désaccords et conflits avec ces tribus, que le Prophète passe à la création d’un État musulman. Celui-ci apparaît comme une nécessité et non comme une volonté, encore moins comme « l’essence » de l’islam qui serait par nature politique… Et comme durant l’histoire du christianisme, lorsque l’islam devient « religion d’État », le mélange politique/religion produit de la violence : au nom de Dieu, on produit des jugements, on fait des lois, on doute de la fidélité des uns ou des autres… Les sourates belliqueuses « descendent » à ce moment-là, incitant les musulmans à se battre. D’expédition en expédition guerrière, on assiste à un changement de ton dans le Coran pendant cette courte période. L’islam s’impose dans les conflits, d’abord contre les polythéistes de La Mecque : « À l’expiration des mois sacrés, tuez les polythéistes partout où vous les trouverez ! Capturez-les ! Assiégez-les ! Dressez-leur des embuscades ! S’ils se repentent, s’ils accomplissent la salât, s’ils s’acquittent de la zakât, laissez-les en paix, car Dieu est Clément et Miséricordieux. » Il ne s’agit plus de faire confiance aux gens du Livre et de s’enrichir de leurs différences mais de s’en méfier : « Ô vous qui croyez ! Ne prenez pas de confidents en dehors de votre communauté, qui feraient tout pour vous corrompre, car rien ne leur ferait plus plaisir que de vous voir en difficulté. La haine qu’ils vous portent perce déjà dans leur propos. Que dire alors de celle qu’ils cachent dans leurs cœurs ? Vous voilà donc suffisamment avertis ! À vous d’en juger ! » Ou, dans le même registre : « Vous, musulmans, vous les traitez en amis, alors qu’ils vous traitent en ennemis : et vous croyez au Livre dans sa totalité, pendant qu’eux, quand ils vous rencontrent, vous disent qu’ils sont eux aussi des croyants. Mais dès qu’ils se trouvent seuls, ils se mordent les doigts de colère contre vous. Dis-leur : puissiez-vous mourir de rage ! Dieu connaît si bien le fond de leur pensée. » Puis la violence est prônée contre tous ceux qui sont en discorde avec le Prophète, que le Coran appelle « les hypocrites » puisqu’ils sont accusés de ne pas avoir tenu parole au cours de leur alliance première (le pacte de la Constitution de Médine). Certains versets ne font plus de différences entre les polythéistes et les gens du Livre « hypocrites » : « Qu’avez-vous à vous diviser en deux clans à propos des hypocrites ? Dieu ne les a-t-il pas refoulés dans le camp des impies pour prix de leurs agissements ? Vous voulez donc remettre dans le droit chemin ceux que Dieu a égarés ? » « Ils souhaitent tant vous voir perdre votre foi comme ils l’ont eux-mêmes perdue, pour que vous soyez tous pareils. Ne formez pas de liaisons avec eux, tant qu’ils ne seront pas engagés résolument dans la Voie du Seigneur. Mais s’ils optent carrément pour l’apostasie, saisissez-les et tuez-les où que vous les trouviez. » Comme chez les chrétiens, les théologiens ont limité la violence en rappelant le principe fondamental de l’islam, qui consiste à distinguer les passages du Coran dits « principiels » – qui énoncent des vérités constantes – et les passages « circonstanciels », liés au contexte historique de la révélation. « Ce n’est pas parce qu’un conflit mentionné dans le Coran se justifiait à l’époque du Prophète qu’il doit être sacralisé et poursuivi de tout temps et en tout lieu. » De plus, les commentaires des savants musulmans stipulent que ces versets circonstanciels ne permettaient pas à des individus de tuer intuitu personae « les traîtres » mais autorisaient le gouvernement à instaurer ce type de condamnation. Évidemment, les radicaux s’approprient en leur nom propre le « droit de tuer », absolutisent ces versets en les isolant de leur contexte et en oubliant tous ceux de la période mecquoise, qui posent les principes musulmans de base. Le même glissement a été opéré lors des Croisades et de l’Inquisition par les Chrétiens.

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